MIROIR

Sous l’œil hagard de mon miroir,
je m’interroge de tout mon être
J’apercevrais mon côté noir
une imitation, une fenêtre.

Mon front une marque de caractère,
ou une invitation au songe
le reflet de l’intelligence
ou l’aspiration au mensonge.

Mes yeux sont ils couleur espoir
ou le vert attrait d’une vipère
un bonus offert pour faire croire
à tout le monde que je suis sincère.

Là scintille une flamme surpuissante
face à un personne de marque
ce pale reflet de mon inconscient
ne sera pourtant pas obstacle.

Mon nez se dresse ainsi tout droit
histoire de n’être pas ignoré
Il veut bien sûr qu’on l’aperçoive
pour sentir où vous m’emmenez.

Ma bouche, elle, désapprouve, farouche
Elle ne veut pas se préparer
Elle préfère vivre, devenir sourde
à ce qui n’est pas un attrait

Mon menton se veut volontaire
un caractère de la famille
Il est pourtant prêt à vous plaire
et avec joie vous accueillir.

Ainsi c’est moi qui me fait face
Joli visage de petite fille
mélange de méfiance et d’audace
d’une gentillesse toute gracile Smiley

oxounette78

Note : c’est le poème d’une personne dont j’ai fait la connaissance sur un regroupement de poètes, et elle m’a autorisé à le partager avec vous.

POUR PITOU

L’AMOUREUSE

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouvert
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.


Paul Eluard

POèMES DES 19è ET 20è SIECLES (4)

LIBERTé

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur la images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard

POèMES DES 19è ET 20è SIECLES (3)

LES PAS

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placès,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacès.

Personne pure, ombre divine,
Qu’ils sont doux, tes pas retenus!
Dieux! … tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus!

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l’apaiser,
A l’habitant de mes pensées
La nourriture d’un baiser.

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d’être et de n’être pas,
Car j’ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n’était que vos pas.

Paul Valéry

POèMES DES 19è ET 20è SIECLES (2)

IL PLEURE DANS MON COEUR

Il pleut doucement sur la ville.

Arthur Rimbaud

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville.
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un coeur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie!

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s’écoeure.
Quoi! nulle trahison?
Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi.
Sans amour et sans haine,
Mon coeur a tant de peine.

Paul Verlaine

POèMES QUéBéCOIS (2)

LA BELLE INCONNUE

Ah! de vous voir madame
toute nue vêtue
sortir de mon lit
vous avoir aimée toute la nuit

Dans mes bras vous serrer ce matin
dans ma maison entourée d’un jardin
entraîné par des paroles d’amour
tranquille je vous aime en ce jour

Reviendrez-vous me visiter un soir
pour discuter des lendemains ensoleillés
reviendrez-vous me visiter un soir
pour m’envelopper dans vos bras cendrés

Marcel-Fabien Raymond

CETTE NUIT, ELLE EST APPARUE

Il y avait dans le noir,
celle qui existe en moi
il y avait dans mon lit,
l’âme qui fait exister,
cette petite fille secrète

Il faisait très chaud
dans cette pièce obscure
malgré le frisson de reste d’hiver
et on y voyait clair
même dans la nuit

Dans une tendresse silencieuse,
l’éclat de cette petite brillait autour
détruisant toutes les larmes
qui obstruaient le passage

C’est une héroïne
qu’on a aidée un peu
elle s’est sauvée elle-même
pendant une nuit sombre
remplie de sous-entendus

Mélanie Cantin

LE COMBAT DE LA VIE

Menons le combat de la vie
où la joie se conquiert,
en sachant que chaque jour
il faut recommencer,
car il ne reste toujours
de nos victoires passées
qu’un joyeux souvenir
qui nous laisse le désir
de vaincre comme hier
la douleur et l’ennui.

Laurent Grenier

POèMES QUéBéCOIS

UN ANGE

Apparaît un ange, douceur, tendresse
comme une caresse
visite mes rêves.
Mirage près de la grève
me chantes louanges.

Douce mélodie de mots
qui m’enchante
et me mène au paradis,
bonheur permis.
Doux songes qui me hantent,
souvenirs immortalisés comme un tableau.

Rêve, douce promesse
de paroles et de gestes d’ivresses.
Un ange est venu descendu des nues
vers la Belle inconnue
et ne l’a reconnu…

Johanne Lebeau

AMITIE ECLATEE

J’ai l’esprit en pleurs
J’ai le coeur en peine
Mon bonheur est dans l’oubli
Le malheur y règne

Dehors le temps se déchaîne
Et je m’enfonce dans la déchéance
Me pardant dans mon errance
Car note amitié a explosé

Mon amour, tu as voulu
Mon amitié, tu as eue
Ton coeur s’est emballé
Et je n’ai su l’arrêter

Autour de moi, tu as fondé tes rêves
Qui ont maintenant volé en éclats
Car la cage dorée de ton amour
N’a su retenir mon besoin de liberté

Tel un oiseau meurtri, je pleure
Car notre amitié, tu as brisée
Mais je continue d’espérer
Qu’un jour tu m’auras oubliée

Que le fil de ta vie, tu auras repris
Que tes rêves se seront réalisés
Et que notre amitié, tu auras retrouvée
Car toujours, elle te sera accordée

Rachel St-Maurice

MON AMOUR

A l’aube de mon bonheur
il y a ton sourire
débordant, plein de chaleur
débordant, plein de soupirs.
C’est un besoin, une envie
qui jour et nuit résonne
qui t’appelle les jours de pluie
et sur ma peau brulée frissonne.
A l’aube de ma vie
il y a ta présence
sans toi mon coeur brisé fuit
sans toi ma tête ne pense.

Ralph Lafontaine

POèME RUSSE

La voix de l’Amérique

“Sur Madison Square joue un orchestre de jazz.”
C’est bien dit, bien rythmé, comme un cocorico.
ça titille les lèvres, ça tremble au coin des yeux.
On voudrait chanter, éclater en sanglots!

Tu as neuf ans, quatre de guerre,
et tout à coup: c’est fini, les funérailles
font place aux danses, on met la boite en marche,
et le disque oscille, et brille noir, et luit,

la fanfare sanglote, glacée et brûlante,
le shellac miroite à soixante dix huit tours,
et, à travers, on dirait que scintille une épaule
musculeuse, d’un noir qui tire sur le bleu.

Puis tu as 19 ans: et c’est une autre boite,
qui embaume la laque coloniale; on a fait briller
le chrome des lampes radio; le saxophone est devenu saxo;
et quelle émotion, cette voix du bout du monde, et ce grésillement!

La voix de l’Amérique s’envole en grondant dans les ténèbres:
là-bas sur Madison Square, c’est un grand souffle libre!
Là-bas aussi, à Carnegie Hall. Et qui se soucie
que ce Madison soit James ou Dolly?

Le trombone sanglote; à terre gît l’étui
plein de feuilles et de pluie; les prunelles, ferventes,
scintillent. Et je veux être au nombre
des saints noirs, le jour où les saints iront aux paradis.

Sur Madison Square joue un orchestre de jazz.
C’est le début et la fin, et c’est tout. Rien à ajouter
à cela, même le reniflement des touches
qu’effleure le vibraphoniste violet.

Anatoli NAÏMAN

Ce poème a été récupéré sur le pavillon d’honneur consacré aux lettres russes au Salon du Livre de Paris.

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