GARçON, UN DESSERT S’IL VOUS PLAIT ! CE SOIR JE VOYAGE

1
Rendez-vous

Je passe une charmante soirée en compagnie d’une agréable et belle demoiselle (en détresse ? Non, je ne pense pas). Elle semble avoir sa vie bien en main. Ses lèvres, qui remuent vers moi, me subjuguent complètement, on croirait à de la pâte d’amande. Elles m’attirent à elle.

Quel mec ! Sa façon de bouger, de parler, ses habits, … Il incarne l’élégance même. Son regard m’emmène dans un autre monde. Tristesse, stress, violence et problème n’existent pas la-bas. Il demande au serveur l’addition et me propose de continuer la soirée chez lui. Tant mieux, chez moi c’est le bordel en ce moment.

2
Mélange de deux genres

Je ne peux plus attendre un instant, je l’emmène directement dans la chambre. Je ressens le besoin de la goûter. Je la déshabille entièrement. Hummmm ! Elle sent la mandarine. Je commence par goûter ses deux boules de glace vanille, que je fais fondre sous mes caresses, surmontées de ses deux petites cerises. Mes mains, mes lèvres longent ses courbes. Oulala ! Sa peau a un goût de miel. Mes mains s’arrêtent sur son petit abricot bien ferme et bien mûr, tandis que devant mes lèvres dégustent déjà avec surprise un coulis de jus de citron. A ce moment là, j’imagine qu’elle me murmure à l’oreille : “Mon fruit préféré est la banane”. Je la regarde. Elle a un sourire plein de délice. J’embrasse alors ses lèvres imbibées de baume à la fraise. Maintenant, c’est moi qui fond. Un véritable dessert à elle seule cette Amandine !

Oh Pierre, Quelle fougue ! Son corp tout chaud m’inspire le sable fin. Je suis au pays des milles et une nuit, et je veux en découvrir chaque parcelle. Je me sens comme Shérazade. Lui n’est autre que celui à qui je conte mes histoires nuit après nuit. Je frémis à la vue d’une dune. Une nuit comme celle-ci, je ne suis pas prête d’oublier. Pierre, mon désert ! Une oasis m’envahit. Nos corps ne forment plus qu’un.

3
Matin difficile

Que se passe-t-il ce matin ? Où est passé mon désert ? Je me suis réveillée à Bagdad. Tout n’est que guerre ! Bon sang si c’est comme ça, je vais me doucher.

Qu’est-il arrivé à mon dessert? Il s’est transformé en chocolat noir. j’aime pas son goût amer. Je vais sortir prendre l’air. Tiens je vais profiter pour acheter le journal.

Je me retrouve seule dans son appart. Un mot m’attend sur la table : “Sorti acheter le journal. Reviens dans 10 minutes. Fais comme chez toi”. Ok, Ok ! J’ouvre le placard, qu’est-ce que je vois, pas de paquet industriel, mais du café moulu et parfumé à l’ancienne. Ce mec a de la classe !

Me revoilà de retour ! J’ai bien fait de sortir. Amandine a ajouté du lait au chocolat. Elle est une gourmandise, ma gourmandise.

Pierre est revennu avec des croissants, un amour. Hummmmm ! Depuis cinq minutes, je me situe au Brésil. Je suis au paradis. Il est mon paradis.

4
Début d’une histoire

Le coeur de Pierre fait bada da boum boum pour Amandine. Elle est également sous le charme. Maintenant, il vont vivre une histoire comme les autres, où les personnages vivent heureux et ont beaucoup d’enfants. Cependant, cette histoire aura comme particularité une imagination débordante et une transformation de l’un au contact de l’autre.
Amandine deviendra le dessert de Pierre, et lui son voyage.

Note de l’auteur : Une autre insomnie !

UNE FILLE, UNE RéSISTANTE

Ou une autre façon de réviser sa leçon d’Histoire

5 septembre 1939

Je m’appelle Isabella David, j’ai 17 ans. La guerre m’a pris ce qu’il y a de plus chère à mon coeur. Lui, qui était contre toute forme de violence et contre la guerre, on l’a envoyé trahir son propre pays, l’Italie, en l’envoyant se battre contre l’Allemagne. L’innocence pourrait le définir, car Marco a su garder un coeur d’enfant. Il a 18 ans et on doit se marier le 9 novembre, le jour de son anniversaire.

8 octobre 1939

J’ai vu le médecin ce matin. Je suis enceinte. Et toujours pas de nouvelles de Marco. Reviens vite mon amour, j’ai besoin de toi.

11 mai 1940

Déjà presque un an et Marco n’est toujours pas rentré à la maison. Mon Dieu ! Il doit être mort. Malheur à moi !
La journée d’hier était notre défaite. Malheur à nous! Que va-t-on devenir nous autres Français ? Que va devenir notre famille ? Demain, la France sera envahi par les Allemands.

2 juin 1940

J’ai accouché d’une petite fille la semaine dernière. Je l’ai appelé Sarah, comme la grand-mère de son père. Elle est tellement adorable. Marco tu me manques.

18 juin 1940

Aujourd’hui, à la radio, le Général de Gaulle fait appel à nous jeunes français, qui n’avons pas de responsabilité, à resister contre les Allemands et de ne pas croire en Pétain, qui va signer l’armistice et qui va livrer la France à l’Allemagne. Résister, c’est bien, mais comment ? Je n’ai que 18 ans et j’ai une petite fille qui compte sur moi, comment résister à toute une armée ?

20 août 1940

Mes chers parents, j’espère qu’un jour vous me comprendrez, moi votre fille bien aimée, que je ne peux pas aller travailler dans les usines allemandes, alors que mon pays a besoin de moi, qu’un groupe de jeunes de mon âge sont des résistants et qu’il compte sur moi.
Mes chers frères, mes héros, vous qui êtes morts pendant la guerre 1914-1918, votre petite soeur vous rend hommage en ce jour.
Je sais que je peux mourir d’une minute à l’autre, qu’importe mes chers parents, je mourrai en sachant que je me suis battue pour votre liberté, celle de Sarah et des autres français. Je vous confie Sarah, prenez soin d’elle et dites lui que sa maman l’aime très fort.

14 décembre 1942

Sarah, tu me manques de jour en jour. Mon coeur, je voudrais te serrer dans mes bras et t’avoir près de moi.
Mais la vie au maquis est très dure, surtout en hiver, on a froid, on a faim. On est obligé de se retirer dans les montagnes, qui ne sont pas accessible aux forces armées, près des villages. On doit rester vigilant, il ne faut pas se faire repérer, et on change de planque si on l’est. Chaque semaine, on descend en troupe dans les villages à la recherche de nourritures, de vêtements chauds, de chaussures, super important d’avoir de bonnes chaussures, et d’armes.
Tous les jours, avec l’aide de notre correspondant de Paris, François Bédarida, on assure le transport des journaux clandestins par train, par barque et même à pied, mais aussi la distribution dans les boites aux lettres et l’affichage sur les murs.

3 janvier 1943

Les alliés remportent tous les jours des victoires sur terre et sur mer.
L’Allemagne et Hitler ne sont pas invincibles. La victoire est proche.

9 février 1943

Aujourd’hui, tout le camp est en deuil. Hier, cinq de nos amis ont été fusillés, leurs noms : Jean-Marie Arthus, Jacques Baudey, Pierre Benoît, Pierre Grelot et Lucien Legros. Ce sont cinq jeunes qui comme nous se sont battus pour la liberté.

14 février 1943

Il y a cinq minutes, un de nos espion est venu me voir, pour me dire qu’il savait où Marco est emprisonné et qu’il avait un plan pour le délivrer. Merci mon Dieu! Il est encore vivant.
On l’emmènera à la maison avec notre petite Sarah, où il sera enfin à l’abri et reprendra des forces.

10 septembre 1943

Cet après-midi j’ai eu un message de Marco disant qu’il était heureux que son pays ait signé l’armistice et, que Sarah et lui attendaient mon retour le plus vite possible. Mais hélas notre mission n’est toujours pas fini. Moi aussi, il me tarde de vous revoir.

6 juin 1944

Nous étions depuis une semaine en Normandie pour permettre aux alliés de débarquer et de commencer notre libération.

15 août 1944

Même action qu’en Normandie, mais aujourd’hui nous sommes en Provence.
Chaque jour, la victoire se rapproche de nous.

24 août 1944

“Allons enfants de la Patrie, le jour de gloire est arrivé…”. Avec les alliés, nous venons de délivrer Paris, la France en ce jour de gloire.
Mes chers parents, vous pouvez être fiers de nous, merci d’avoir fait confiance en nous, des jeunes sans défense et sans expériences, et surtout d’avoir eu confiance en moi votre chère fille. Nous vous avons libéré de la guerre. Et j’acclame bien haut et fort, avec tous les jeunes de la résistance, que nous avons libéré la France et que nous avons gagné la guerre avec tous les honneurs et la gloire.
Mes frères, votre petite soeur vous a rendu une fois de plus hommage.

26 août 1944

Je m’appelle Isabella David, j’ai 22 ans. Je suis une résistante de la guerre 1939-1944. J’ai une famille que j’aime plus que tout au monde. Sarah a 4 ans et je ne l’ai pas vu grandir. Je ne la verrai jamais plus ainsi que Marco. Je vais mourir.
Mes chers parents prenez soin d’eux. Dites à ma petite fille et à son père que je les aime de tout mon coeur. Vous aussi je vous aime.
Au revoir, je vous serre tous une dernière fois sur mon coeur.

Isabella

Encore un dernier mot, mes chers parents, je vous dédie ce journal. Une amie vous l’enverra. Lisez le tous ensemble autour d’une table en pensant à moi, puis si vous m’aimez, continuez votre vie. Je serais toujours près de vous à ma façon.

Note de l’auteur: ce récit a été écrit en 1999 lors de mon année de terminale.

DU POSITIF, RIEN QUE DU POSITIF

Je m’appelle Marie-Jeanne Picard. J’ai 26 ans. Je suis journaliste au magazine féminin Mira. Je partage un fabuleux appartement avec le mec le plus attentionné de la Terre. Je vois ma meilleure amie et ma maman au moins une fois par semaine.
Tout pour être heureuse ? Non. Depuis un mois, je ne supporte plus les caresses de Charles, et nous ne faisons plus l’amour.

1- LA NOUVELLE

Lundi matin. Les résultats de mes analyses sont enfin arrivés.
Verdict : positif.
Une nuit, une seule fichue nuit et tout est gaché. Maintenant, la sentence est sans appel.

2- ADIEU CHARLES!

Lundi soir. Encore une heure à attendre avant le retour de Charles. Ma valise est prête. Je repose sur notre nouveau canapé en cuir blanc, que nous venons d’acheter ensemble à Confomara, une semaine auparavant.
J’entend ses pas dans le couloir. Voilà il arrive. Je respire profondément.

- Mary, j’aime quand il me donne ce prénom anglais, que fais ta valise près de l’entrée ?

Silence. Les larmes coulent sur ma joue.

- Marie-Jeanne, Je t’ai posé une question. Réponds moi !

Je sens de l’angoisse dans sa voix. Allez courage !

- Je pars chez Myriame ce soir.
- Pourquoi ?

Silence.

- Mary, je t’aime.
- Charles, je t’en prie, je ne reviendrai pas sur ma décision.
- Qu’est ce que j’ai fait ?
- Rien Charles. C’est moi. Restons amis tu veux bien ?
- Ami ? Mais Mary suis fou de toi. Tu veux partir ? Alors pars. Mais ne me demande pas l’impossible.

Je m’apprête à sortir.

- Mary, attends, donne moi au moins une explication.
- D’accord, Charles. Je t’ai trompé Charles. Je t’ai trompé !
- Avec qui ? Et puis non veux rien savoir. Tu me dégoûtes ! Vas t’en ! Sors de ma vue !
- Charles,…
- Non, Marie-Jeanne. Tu voulais t’en aller, non ? Ben pars ! Pars !

3- BONJOUR MYRIAME !

Je sonne à la porte. Myriame m’ouvre.

- Rentre ma puce, et raconte tout à Mimi.

On s’installe au salon.

- Oh Mimi, c’est fini avec Charles.
- Que s’est-il passé ?
- Je lui ai dit que je l’ai tompé.
- Mais avec qui et quand ?

J’éclate en sanglots. Myriame me prend dans ses bras. Je me calme enfin.

- Tu te rappelles le mois dernier quand on faisait notre soirée entre filles au night club ?
- Oui, me souviens. Non, ne me dis pas que c’est avec ce lourd, ce Pierre-Yves.
- Tu es partie plus tôt. Charles était chez ses parents dans le Sud. Je suis donc restée une heure ou deux. Puis je me suis sentie mal. J’ai donc pris l’air dehors. Il m’attendait. Après, trou noir. Je me suis réveillée chez lui, nue dans son lit, mes vêtements éparpillés sur le sol. Il n’était plus là. Je me suis rhabillée et suis partie. J’avais un horrible mal de tête.
- T’as bu de l’alcool après mon départ ?
- Non, que des cocktails de jus de fruit. C’est là que j’ai eu l’idée de me rendre à l’hôpital. Mimi, ils ont retrouvé une trace de drogue dans mon sang.
- Quelle drogue, ma puce ?
- La pillule du viol, Mimi. Ce salop m’a violé !

Myriame me serre contre elle. Nous pleurons toutes les deux.

- J’aurais jamais dû te laisser seule ma puce.
- Tu ne pouvais pas prévoir la suite des événements. De plus, Olivier était revenu plus tôt de voyage rien que pour te voir.
- C’est vrai. Il m’a préparé une sacré surprise ce soir là. Mais dis moi, tu m’as pas parlé d’avoir trompé Charles tout à l’heure ? Pourquoi lui avoir menti ?
- Je ne pouvais pas. Je me répugnais. Et maintenant, je ne peux plus.

Je recommence de plus belle. Les larmes ne s’arrêtent plus.

- Qu’y a-t-il ma puce ?
- Mimi, je suis……… je suis………….
- Allez calme toi, je suis là.
- Je suis séropositive Myriame. J’ai le Sida !

4- MIMI, LAISSES MOI DORMIR

Mecredi matin. Myriame est dans la chambre. Elle tire les rideaux pour faire entrer la lumière.

- Debout, paresseuse !
- Mi’, veut dormir.
- Et puis quoi encore ? Allez debout ! Tu retournes au boulot ce matin.
- Mi’, …
- Pas de discussion ! Je te donnes cinq minutes. Ton petit déjeuner est prêt.

Elle se tient près de la porte.

- Mimi.
- Quoi ?
- Merci.
- De rien, les amies sont faites pour être là quand on a besoin d’elles, non ?

5_ MAMAN, J’AI BESOIN DE TOI

Vendredi. 16h30. Je suis chez maman. Nous buvons du chocolat chaud, et mangeons des gâteaux, comme quand j’étais petite fille.
Après quelques minutes de silence, je me lance.

- M’man, j’ai quitté Charles.
- Quoi ? Il t’a trompé, Marie ?
- Non, M’man.
- Il n’a pas levé la main sur toi ? S’il a osé, je te jure ………
- Non, M’man. Charles ne ferait pas de mal à une mouche. Tu sais bien comment il est adorable avec moi.
- Alors qu’est-ce qu’il a fait ?
- Rien maman. C’est moi qui suis partie.
- Je ne comprend rien à ce que tu me racontes, ma fille. Tu l’aimais tellement.
- Et je l’aime toujours.
- Mais, alors qu’est-ce qui t’a pris, ma chérie ?
- Maman, on m’a violé.

Mes joues sont toutes humides.

- Oh, ma chérie. Charles t’as laissé partir ? Ce salopard, va m’entendre !
- Maman, il n’est pas au courant. Je n’ai pas eu le courage de lui dire. Il croit que je l’ai trompé.
- Tu devrais lui dire, il a le droit de savoir la vérité.
- Maman, ce n’est pas tout. Je suis……… Je suis séropositive.

J’éclate dans les bras consolateurs de maman. Elle, elle ne pleure pas. Elle veut se montrer forte devant moi.

- Ma chérie, maman est là, elle va prendre soin de toi.

6_ LE BOUQUET

Un an et trois mois plus tard. Lundi. 17h15. On sonne. Qui ça peut bien être ? C’est pas Myriame, elle a sa clé. J’ouvre. Un livreur se tient devant la porte, un bouquet de roses à la main.

- Vous êtes Marie-Jeanne Picard ?
- Oui, c’est bien moi.
- Ces roses sont pour vous. Veuillez signer ici, s’il vous plait.

Le livreur parti, je lis la carte : ” Mary, ta mère m’a tout raconté. J’aurais compris. Appelle moi. Charles.”
Je jette les roses dans la poubelle. J’hurle de toute mes forces : “je ne veux pas de ta pitié, Charles !”, avant de me laisser tomber sur le sol.

7_ SOURIE ET SAISIE TA CHANCE

Vendredi. 18h40. Aujourd’hui a été une bonne journée. Ma patronne m’a promu rédactrice en chef. D’ailleurs, pour fêter ma promotion, Myriame m’a donné rendez-vous dans notre café préféré, Le Café de Nicolas. Je m’y sens bien.
Mais comme toujours, Myriame est en retard. Je sors donc de mon sac un bouquin.

- Puis-je vous offrir un verre, Mademoiselle ?

Cette voix ne m’est pas inconnue. Normale, c’est la voix de Charles. Je lève la tête. Il se tient effectivement debout devant ma table.

- Que fais tu ici ?
- Myriame m’a dit que je te trouverai ici. Elle m’a également parlé de ta promotion. Félicitation !

Mimi, je te retiens !

- Merci. Tu peux t’en aller maintenant.
- Non ! Mary, tu ne te débarasseras pas de moi aussi facilement.
- Charles, pas de pitié, je t’en prie.
- Ce n’est pas de la pitié, mais de l’amour. Je t’aime, Mary.
- Charles, je suis malade.
- Je sais et alors ?
- Alors mon état va s’empirer au fil des années.
- Je m’en fout, Mary ! Je t’aime. Je veux prendre soin de toi.
- Charles,………

Il m’interrompt par un baiser passionné. Je l’aime tellement. Mes sentiments pour lui sont plus forts que la maladie. Je veux vivre avec lui.

- Je ne sais plus quoi dire.
- Dis moi seulement que tu veux me faire l’honneur d’être ma femme. Dis moi oui !
- Oui, mon amour. Ouiiiiiiiiiiiiiiiii!!!!!!!!!

Mes yeux versent pour une fois depuis longtemps des larmes de joie.

- Oh, Mary ! Tu fais de moi l’homme le plus heureux. Tu sais quoi chérie, j’ai une idée. Je te promets, Mary, de t’apporter du positif, rien que du positif pour le reste de ta vie.
- Vous comptez vous y prendre comment, monsieur Normand ?
- Et si je commençais par vous embrasser torridement, madame Normand, Qu’en pensez-vous ?

Note de l’auteur : cette histoire m’a été inspirée la nuit dernière, alors que je luttais pour m’endormir.

ET SI JE N’AVAIS PAS RATé CE BUS?

A l’époque, j’avais 15 ans et je terminais mon année de Seconde. Il y avait déjà un air de vacances dans l’atmosphère. J’étais encore insouciente des choses de l’amour. Je me sentais amoureuse d’un garçon de Première. Il faisait comme moi de l’économie. Nous nous croisions souvent. Quand je voyais Fabrice, mon coeur battait la chamade. Par des gestes, des comportements et des paroles, je savais que lui aussi partagé mes sentiments. Le seul bémol apparaissait alors dans notre timidité d’aller vers l’autre, même si l’année suivante nous avions fait énormément d’efforts pour nous rapprocher. Mais voilà, il avait prévu de continuer ses études en France, et moi, j’étais tellement mal dans ma peau.

Mais revenons donc à cette fin d’année de ma classe de seconde, où j’étais au lycée Leconte de Lisle. Il se situe dans la ville que je préfère à l’Ile de la Réunion, la capitale Saint-Denis. Saint-Denis, ville où je suis née, ville de mon enfance, ville de mon coeur. Mon lycée a cette particularité de faire parti d’un regroupement de trois lycées : à gauche un lycée professionnel, au centre un lycée général (mon lycée), et à droite un lycée technologique. Je m’y sentais bien dans cette cour accueillante, immense, ces coins où se réfugier à l’abri du soleil, des surveillants et parfois même de ses soucis.

Tous les midis, je prenais le bus pour me rendre chez ma grand-mère, qui accueillait avec ma tatie tous mes cousins, cousines. Ce sont de bons moments, même si parfaits nous nous querellions.

Ne m’en voulez pas, si je n’arrive plus à me souvenir exactement de la date, du jour. Faut croire qu’une partie de moi a réussi l’impossible, effacer des brides de cette journée, où tout à basculer pour moi. La seule chose dont je me rappelle, c’est que l’année se terminait. J’étais fatiguée, je sortais du cours d’éducation physique. Je portais sur moi un jeans, et heureusement. Il était 11h30 environ. Je traversais la route avec une amie pour attendre notre bus, quoique on avait le choix entre plusieurs. Comme à l’habitude, nous étions plus d’une centaine des deux côtés de la route à vouloir rentrer chez nous.

Nous nous tenions debout, mon amie et moi. Soudain, mon regard se porta sur un inconnu, âgé environ je dirais de 18-19 ans, mais je ne suis pas très douée quand il s’agit de donner un âge à une personne. Il était brun, cheveux courts, mesurait dans les un mètre quatre-vingt. Il avait, même s’il m’est difficile de le dire aujourd’hui, une assez belle gueule. Je n’ai remarqué que quelques instants plus tard, qu’une cicatrice se trouvait sur sa joue gauche. Il portait un jeans et t-shirt blanc, et un cartable noir à la main, un peu le genre qu’ont les professeurs. Il était appuyé contre un poteau pas trop loin de nous. Mon Dieu que j’ai regretté, que j’ai eu honte de cette pensée, qui me traversa alors l’esprit. J’ai en effet pensé que j’aurai aimé sortir avec un mec comme lui.

Pendant un instant, j’ai senti un frôlement contre ma cuisse, sans savoir quoi vraiment. Je n’y ai retenu aucune attention, le bus arrivant. Toutes ces bousculades avaient alors brouillées mon esprit, je m’en suis souvenue que plus tard. Mon amie avait réussi à se faufiler à l’intérieur, je lui disais donc au revoir.

Je me suis donc assise sur le banc, attendant le prochain, mon sac sur les genoux. L’inconnu demanda à s’asseoir près de moi et j’acceptais, pour ça aussi je m’en veux terriblement. Puis la suite des événements se passa rapidement, mais ils durèrent pour moi un éternité. Je sentis sa main sur ma cuisse. Je lui ai demandé de la retirer, il refusa, me racontant qu’”on” s’était connu intimement en boite de nuit. Moi, qui n’étais jamais sortie en boite, à l’exception d’une fois à Maurice en colonnie de vacances. J’ai alors essayé de retirer cette main, qui se faisait pressante. Il empoigna alors ma main avec l’autre main, dont il ne s’était pas servi jusque là. Les larmes coulaient sur mes joues, incapable d’hurler, me débattant, lui suppliant de me lâcher. Je voyais également toutes ces personnes autour de nous, qui ne faisaient pas attention à nous. Une copine me raconta la semaine suivante, qu’elle pensait que c’était mon copain. Je ne lui en veux pas, tout le monde l’a cru.

Sa main arriva à mon entre-jambe, et là je ne sais encore comment j’y suis arrivée, je me suis levée. Mon premier réflexe fut de m’éloigner de lui, puis voyant son regard amusé sur moi, de traverser sans me soucier des voitures. J’aurais pu ce jour-là me faire renverser.

Tout se basculait dans ma tête, je ne pensais qu’à courir et retourner dans la cour du lycée, où ma cousine était restée manger. Quand je l’ai enfin trouvé, j’ai pleuré. Je répondais à ces questions sans cesser de pleurer, de m’en vouloir. La voix de l’inconnu résonnant dans ma tête.

La suite, je ne la raconterai pas. Seulement, que s’en est suivie une longue descente aux enfers. Cet événement ayant été une goutte de trop. Traversant d’autres problèmes, je ne me sentais pas capable de supporter d’avantages.

Aujourd’hui, je recommence à revivre. J’apprend tous les jours à reaimer la vie. Bien sûr, je me dis que ça aurait pu être pire.

Et si j’avais réussi moi aussi à me faufiler dans le même bus que mon amie ? Si j’avais porté ce jour là une jupe ? Si j’avais pas réussi à me lever ou alors si je ne m’étais pas assise sur ce banc ?

Note de l’auteur : Il a été dur pour moi de relater ces souvenirs, des souvenirs que j’aurais aimé avoir oublié. Cependant, il me semble important de l’écrire. Cette nouvelle sera peut-être la ou une des rares qui parlera de moi, de ma propre expérience.

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